À l’auberge del Faou, des plats au goût de nostalgie

À l’auberge del Faou, depuis 1945, le succès des plats au goût de nostalgie

 

Andrée Boucharinc-Tichit a pris la suite de sa mère. Son établissement affiche très souvent complet.

 

Andrée Boucharinc-Tichit finit de nettoyer les verres, derrière le bar de l’auberge del Faou, à Fau-de-Peyre. Elle vient encore, avec son équipe, de faire une centaine de couverts. Dans ce petit village d’une trentaine d’habitants, à 8 kilomètres d’Aumont-Aubrac, la salle ne désemplit pas. Mais quel est le secret de la patronne, pour attirer autant de monde ?

 

Cuisses de grenouilles et ris de veau

« Les clients viennent ici chercher une cuisine traditionnelle. Ils sont contents, ils commandent des plats qu’ils ne se font pas chez eux. Ce sont des plats qui ont un goût de nostalgie. » Cuisses de grenouilles, truites au lard fumé, tête de veau, gratin dauphinois… La carte n’a presque pas changé depuis 1945, lorsque Renée, la mère d’Andrée, a ouvert l’auberge, alors que ses parents tenaient l’épicerie. D’ailleurs, ce sont encore ses recettes qui régalent les clients.

 

Et de sa mère, Andrée a aussi hérité le sens de l’accueil. Ici, elle est chez elle. « Toute petite, j’étais déjà dans le restaurant », glisse celle qui a pris les rênes de l’établissement en 1980. Alors elle met un point d’honneur à passer à toutes les tables, dire un mot à chacun. Et le secret de l’auberge del Faou, c’est aussi cet accueil personnalisé, chaleureux, sincère. « La personnalité de la patronne compte beaucoup, confie Nicole. Mamie, c’était la même. »

 

Nicole est une fidèle parmi les fidèles. Elle a découvert l’auberge en 1987. Ce fut une des premières clientes de l’hôtel, créé par Andrée, bâti par son mari. « J’ai emmené mon fils voir les loups qui venaient tout juste d’arriver à Sainte-Lucie. On devait rester une nuit, on en est resté trois », raconte-t-elle. Elle est devenue une amie.

 

Ici, on revient. Parfois régulièrement, comme Nicole, parfois des années plus tard, au gré d’un passage dans le coin. Comme ce client à midi, qui a confié à Andrée qu’il venait jadis avec ses grands-parents. Comme ces familles, dont les retrouvailles s’organisent autour de cuisses de grenouilles. Comme les habitants du coin, qui viennent prendre l’apéro.

 

Le succès des plats à emporter

Comme ces ouvriers, aussi, qui réclament à leur patron les plats à emporter de Dédée, lorsqu’ils doivent manger sur un chantier. « Le 20 avril, on a lancé des plats à emporter, pour les entreprises. On faisait trente repas par jour. Et la clientèle a aussi joué le jeu. Et même au déconfinement, les entreprises ont continué à prendre des repas à emporter. Alors le service se poursuit. « Pour demain, j’ai huit ris de veau ».

 

Un couple s’installe en terrasse pour prendre un verre, en rentrant de randonnée. Eux aussi sont des habitués. « On vient à chaque fois qu’on est en vacances ici. Enfin, quand on arrive à avoir de la place… », sourit Jean. Cette fois, le restaurant était complet. Mais avec Sylvie, ils ont tenu tout de même à passer, pour s’attabler en terrasse : « Ce restaurant est incontournable dans la région. C’est l’âme du village. Il faut voir l’ambiance ! On apprécie la simplicité, l’accueil, la sympathie de la patronne. »

 

À 65 ans, Andrée aimerait bien lever un peu le pied, et prendre du temps pour voyager, elle qui travaille six jours sur sept, onze mois sur douze, gérant aussi le tabac. Dans un premier temps, elle souhaite vendre l’hôtel. Quitter le restaurant, son équipe et ses clients sera sans doute plus difficile. « On s’y est crevé, mais on ne regrette pas », confie-t-elle. Le jour où elle arrêtera, ce sera une grande page de l’histoire de Fau-de-Peyre qui se tournera.

 

[MIDI LIBRE : Stéphanie BOULOIR]

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